À tout bout de champ, on entend parler de nouveaux résultats de recherches, de nouvelles techniques ou de nouveaux produits qui laissent espérer d’améliorer le rendement des cultures. Chacun tente de se retrouver dans cette marée d’informations et retient ce qui semble le plus intéressant pour leur entreprise. En fait, il existe autant de manières de faire de l’agriculture qu’il existe d’entreprises agricoles et surtout il n’y a pas de technique magique qui procure le rendement maximal pour tous, sans exception, même si certains aimeraient nous vendre ‘’La Solution’’. Pour faire les choix les plus judicieux, il est important de bien connaître les particularités des différents postes de production de l’entreprise et de faire des essais.  En pratique, de quoi ça a l’air… Nous vous présentons l’exemple d’une entreprise laitière et de grandes cultures située en Montérégie-Est.

 

Un exemple concret

On focus souvent sur l’augmentation des rendements pour faire un gain financier, mais c’est aussi en diminuant les dépenses qu’une entreprise peut s’assurer d’un revenu supplémentaire.  L’achat des fertilisants minéraux est un poste de dépense important sur les entreprises agricoles et plusieurs souhaitent le limiter, mais pas au prix d’un rendement diminué. En grandes cultures, le maïs est la culture qui demande le plus d’azote. À la Fermes Spani et Fils inc, c’est un tiers de la rotation qui est en maïs. Sachant que leurs terres sont fertiles, les propriétaires de l’entreprise ont voulu essayer différentes doses d’azote pour connaître la dose économique dans le maïs.  Donc, il y a quelques années, avec l’aide de leur agronome, ils ont mis en place des parcelles d’essais de différentes doses d’azotes 0, 50, 100, 150 jusqu’à 200 Kg N/ha.

Ces différents essais ont permis d’observer qu’après une dose de 100 kg N/ha, il n’y avait aucun gain à ajouter de l’azote à la culture.  Ce résultat observé chez les Spani n’est pas nécessairement le même chez les autres entreprises de la région.  En fait, la majorité des champs de l’entreprise sont formés d’un sol fertile contenant plus de 15% de matière organique.   Cette forte teneur en matière organique, entre autres, permet d’expliquer que les besoins en azote soient grandement diminués.  Ayant accès à un fumier solide de bovins laitiers, la dose généralement appliquée au printemps est de 25 Tm/ha dans tous les champs de maïs.  Cette application de fumier apporte 74 unités d’azote au sol.  De plus, une partie des terres sont en prairies, ce qui permet d’améliorer la fertilité et le taux de matière organique des sols.  Tous ces apports de matières organiques sous différentesformes, avec l’action de la vie du sol, fournissent une quantité appréciable d’éléments fertilisants.  Depuis que la dose économique d’azote est connue, les propriétaires de la ferme ont pris la décision de diminuer la quantité d’azote appliquée dans le maïs, en post-levée.  La dose appliquée en post-levée du maïs est de 78 Kg N/ha lorsque le maïs atteint 5-6 feuilles.  Il y a une différence de 50 kg N/ha entre cette dose réellement appliquée et celle, normalement, recommandée pour combler les besoins de la culture. Il est à noter que ce plan de fertilisation est mis en place uniquement dans les terres noires de l’entreprise. Les parcelles en loam sableux reçoivent une quantité plus conventionnelle d’azote en post levé.

Cette nouvelle pratique mise en place permet à l’entreprise de diminuer ses coûts de production tout en conservant le même rendement.  Cela leur permet, aussi, de diminuer les émissions de gaz à effet de serre produites puisque la fabrication des engrais azotés minéraux dégage beaucoup de CO2.  De plus, l’azote minéral appliqué au sol peut se retrouver sous une forme qui peut être lixiviée ou évaporée sous forme de NO2, un gaz qui a un potentiel de réchauffement climatique 265 fois plus puissant que le CO2.  Bref, la santé financière et environnementale de la Fermes Spani et fils inc s’en trouve améliorées.

 

Autres actions de la ferme

Soucieux de conserver les éléments fertilisants qu’apportent les déjections animales du cheptel laitier, diminuer les pertes de sol et conserver la qualité des sols de l’entreprise, les Spani ont vu l’opportunité d’intégrer les cultures de couvertures à leur rotation.  À l’aide d’un semoir pneumatique, du ray-grass à un taux de 20 kg/ha est implanté en intercalaire dans le maïs-grain.  Après la récolte du maïs ensilage, c’est un mélange de trèfle rouge (4 kg/ha), avoine (30 kg/ha) et ray-grass (8 kg/ha) qui est semé à l’aide d’un semoir à céréale.  Dans le soya, de l’avoine à un taux de 100 kg/ha est aussi semée avec le même semoir.

L’entreprise bénéficie des subventions offertes dans la région pour financer l’achat des semences. Ça permet de profiter des biens-faits des cultures de couvertures à moindre coût. Tout dépendant de votre région, il existe une différente subvention disponible. C’est en se tenant informé et en discutant avec son agronome que Raphaël Spani a pu viser la meilleure subvention pour ses besoins.

Un retour vers les sources améliorées

Au fil des dernières décennies, plusieurs entreprises laitières ont cessé de faire pâturer leur troupeau laitier.  Chez les Spani, on continue de faire pâturer une partie des animaux. Ce sont les génisses, les taures ainsi que les vaches taries qui ont accès au pâturage. De plus, l’entreprise sort une partie de ses vaches en lactation quelques fois durant l’été afin de les garder active.  En 2022, une aide financière pour la Gestion intensive des pâturages a été lancée par le CFGA (Canadian Forage and Grassland Association) via le Fonds d’Action à la Ferme pour le climat, un programme d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.  Cette aide financière permettait aux entreprises d’adopter un plan de rotation des pâturages qui est régénératif ainsi que de faire l’achat de matériaux permettant la fabrication de clôtures électrique, la mise en place d’un système d’abreuvement et le semis des pâturages.  L’entreprise laitière a pu bénéficier de cette aide pour améliorer les pâturages déjà présents.  Raphaël Spani, co-propriétaire de l’entreprise, a remarqué que la gestion intensive des pâturages est plus efficace que le pâturage traditionnel puisqu’il améliore le regain et la digestibilité des fourrages.  Cette nouvelle gestion lui a permis de diminuer de près de la moitié les superficies en pâturage pour le même nombre d’animaux en production.

 

Pour les Spani, la productivité et la santé de l’entreprise passent, de plus en plus, par l’adaptation.  En effet, outre les changements climatiques, l’agriculture a toujours été et sera toujours soumise aux variations et extrêmes climatiques ainsi qu’à la variable d’offre et de demande du marché.  Plusieurs des pratiques mises en place par l’entreprise contribuent à lutter contre les changements climatiques en stockant le carbone et en réduisant les émissions de GES, mais surtout, permette de s’adapter à ceux-ci.  Que ce soit par la modulation de la fertilisation azotée du maïs, par l’intégration des cultures de couverture dans la rotation ou par le changement de régie des pâturages, l’entreprise souhaite continuer de s’informer pour apprendre et diriger les actions d’adaptation qui permettront la pérennité de l’entreprise.

 

L’équipe de Gestrie-sol
Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de la MRC Haute-Yamaska, d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ et de l’UPA Haute-Yamaska.