Pendant la saison estivale, il est assez commun de voir des vaches au champ. Cette image bucolique est souvent appréciée par les automobilistes qui sillonnent les routes, mais qu’en est-il d’un point de vue agronomique? Chez les fermes québécoises, le pâturage a perdu de la popularité pendant plusieurs années pour diverses raisons. Aujourd’hui, cette pratique semble faire son retour sur plusieurs entreprises.

Ferme Patch Farm

Lors de la reprise de la ferme familiale en 2013, Meagan Patch a décidé de faire la transition entre une ferme conventionnelle de type vache-veau vers un élevage de bœufs au pâturage. Plusieurs facteurs l’ont emmené à prendre cette décision. Entre autres, la difficulté de la gestion de la récolte des prairies, l’entretien fréquent de la machinerie, la diminution du besoin de main-d’œuvre, la diminution des coûts de production ainsi que le gain au niveau du bien-être animal.

En effet, en envoyant les animaux aux pâturages, Meagan n’a plus besoin de se promener dans la région pour faire la fauche. Ce temps sauvé peut alors être utilisé pour les soins aux animaux. Pour une question de bien-être animal, la propriétaire a choisi d’élever un croisement de bœufs Simmental X Angus. Ces deux races sont bien adaptées au climat local tout en offrant une bonne production et qualité de la viande. Elle s’assure, quand même, de leur fournir des abris pour protéger les animaux des intempéries et s’assure de leur bien-être en étant régulièrement en contact avec eux. Elle leur offre des pâturages en santé remplis des éléments nutritifs dont les animaux ont besoin grâce à une gestion des pâturages régénératifs.

Pâturage régénératif

La gestion régénérative consiste à déplacer les animaux le plus fréquemment possible, pouvant aller à plusieurs fois par jour jusqu’à un maximum de 3 jours de pâturage dans un même enclos.  Cette gestion favorise les plantes fourragères désirables, permet plus de captation du carbone et un meilleur gain chez les animaux. En pratiquant cette technique de gestion des pâturages, les animaux ont moins tendance à faire de paissance sélective et ont accès à la partie nutritive des plantes fourragères. À la ferme Patch Farm, les bœufs sont déplacés de 2 à 3 fois par jour afin d’assurer une meilleure qualité des fourrages. Pour une personne qui commence et dont les animaux ne sont pas habitués à se déplacer, cette manœuvre peut sembler énergivore et difficile. En réalité, comme les bovins sont des animaux d’habitude, ceux-ci deviennent habitués à se déplacer et le font d’eux-mêmes lorsque les clôtures sont ouvertes. Pour Meagan, le pâturage régénératif est un mode de production qui s’adapte aux saisons et à la météo et qui a un impact positif sur l’environnement.

Le bœuf a mauvaise presse :

Dû à ses besoins métaboliques élevés et à ses émanations de méthane, la production de bœuf est considérée par plusieurs comme la viande la plus polluante. Toutefois, il ne faut pas oublier que sans ruminant, il n’y a pas de prairies. Ces mêmes prairies qui ont un impact fondamental sur la biodiversité. En effet, cette culture accueille une panoplie de membres de la faune locale qui utilisent ces habitats pour leur survie. Pensons simplement au Goglu des prés, cet oiseau champêtre qui fait son nid à même le sol, dans les prairies. Aujourd’hui, plusieurs espèces d’oiseaux champêtres, dont le Goglu des prés, sont désignées menacées. C’est, entre autres, en raison des fauches lors de la période de nidification ainsi que de la diminution des superficies en prairies que la survie de ces oiseaux est menacée. L’élevage des animaux aux pâturages permet, donc, d’éviter, la mortalité causée par le passage de la faucheuse. De plus, après le passage dans un enclos, le sol est piétiné et fertilisé naturellement par les déjections laissées par les ruminants. Sans oublier l’apport important du vaste système racinaire des plantes fourragères, tous ces facteurs permettent d’encourager la vie microbienne dans le sol, de capter du carbone et d’optimiser la santé des sols.

Pas seulement pour les bovins

La gestion des pâturages intensifs peut être utilisée pour plusieurs espèces animales, dont les bovins, ovins, caprins, porcins, volailles, etc. Meagan a vite compris que la diversité contribue encore plus à la santé des sols et à la qualité du pâturage. Elle a donc choisi d’avoir différentes espèces aux pâturages. C’est ainsi qu’aujourd’hui, l’entreprise produit, en plus du bœuf; du poulet au pâturage ainsi que du porc au pâturage forestier. Étant donné qu’il n’y a pas de bâtiment d’élevage, les volailles et les porcs sont élevés à partir du printemps jusqu’à l’automne, uniquement sur pâturage.

Mme Patch priorise, lorsque c’est possible des races porcines rustiques, mais celles-ci ne sont pas toujours faciles à trouver.  Les porcs arrivent à la ferme à l’âge d’environ 2 mois. Les porcs étant des animaux omnivores, le pâturage ne permet pas de combler tous leurs besoins nutritionnels.  À la Ferme Patch Farm, l’alimentation est complétée par l’apport de grains sans OGM, du foin, ainsi que des fruits et des légumes.

 

En ce qui concerne les poulets, les animaux sont protégés des prédateurs et des intempéries grâce à des abris mobiles. Ceux-ci sont déplacés une à deux fois par jour afin qu’ils puissent profiter d’herbe fraîche et d’insectes.  Une moulée complète constituée de grains sans OGM est distribuée à la volaille pour répondre aux besoins nutritifs.

 

 

 

Rapport à l’environnement

À la Ferme Patch Farm, le rapport à l’environnement est important. La synergie entre l’écosystème et les animaux aux pâturages permet d’encourager la biodiversité et de conserver un écosystème sain tout en étant productif. Avec toute l’information que l’on connaît aujourd’hui, il serait peut-être intéressant de retourner vers ces fameux pâturages qui formaient notre paysage agricole autrefois.

 

L’équipe de Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de la MRC Haute-Yamaska, d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ et de l’UPA Haute-Yamaska.