À tout bout de champ, les pesticides ont mauvaise presse. Il est parfois même question de bannir l’utilisation de certains d’entre eux dans quelques municipalités. De plus, les consommateurs recherchent de plus en plus des produits plus « verts ». Cela peut occasionner un stress et plusieurs questionnements pour un producteur.rice agricole.

Dans le milieu agricole, l’objectif est la diminution de l’utilisation de ces molécules chimiques et ce que les experts mettent de l’avant pour y arriver, c’est la lutte intégrée. Le principe est de faire un amalgame de différentes techniques de gestion des mauvaises herbes et ennemis de cultures pour avoir une production optimale tout en réduisant l’utilisation de pesticides.  La difficulté avec la lutte intégrée, c’est qu’il n’y a pas de recette universelle. En fait, l’idée est de trouver les techniques les plus optimales à chaque entreprise.

Un exemple concret :

Pierre Renard qui analyse le sol d’un de ses champs avec ses conseillers
en agroenvironnement dans le cadre d’une journée sur la Santé des sols.

Producteur de grandes cultures et de porcs dans la MRC des Maskoutains, la famille Renard cultive de grandes superficies sous régie conventionnelle en travail réduit. Après avoir mis l’emphase sur les méthodes de travail réduit du sol, ils ont plus récemment commencé à appliquer les principes de lutte intégrée pour le contrôle des mauvaises herbes. Plutôt que d’utiliser les herbicides de façon automatique, on tient compte des espèces présentes et de la pression dans le choix des herbicides et du nombre de passages.  L’entreprise a récemment fait l’acquisition d’une houe rotative et a fait des essais dans certains champs où la pression de mauvaises herbes est faible pour dans le but de réduire la quantité d’herbicides appliquée.

Voici un exemple d’essai fait en 2022 : la houe rotative a été utilisée dans une parcelle de maïs à faible pression de mauvaises herbes.  L’année précédente, la parcelle était en blé d’automne sans application d’herbicide avec un semis de cultures de couverture (mélange de pois, d’avoine et de radis) à la dérobée après la récolte.  Dans le maïs au printemps 2022, un premier passage de houe rotative entre les rangs a été fait au stade 3 feuilles du maïs, lorsque les mauvaises herbes étaient au stade fils blancs avec quelques cotylédons. C’est le stade idéal des mauvaises herbes pour avoir une efficacité optimale de la houe rotative.

 

Par la suite, un semis de culture de couverture en intercalaire de sarrasin, radis et pois à la volée a été fait. Aucun herbicide n’a donc été appliqué pendant cette saison.  Il aurait aussi été possible de faire un passage de sarcleur au stade 5-6 feuilles du maïs plutôt que de semer la culture de couverture aussi rapidement, car cette dernière semée un peu trop tôt a créé de la compétition au maïs. Le sarrasin a poussé en orgueil et a produit une bonne quantité de semences, occasionnant un passage supplémentaire d’herbicide dans le soya en 2023. Cet essai n’était pas parfaitement réussi, mais en ajoutant un passage de sarcleur et en faisant un semis d’une culture de couverture intercalaire plus tardive, l’entreprise aurait réussi à réduire de façon substantielle la quantité de pesticides appliquée dans cette parcelle, avec une seule application dans sa rotation de 3 ans. Bien sûr ce type de gestion n’est pas possible partout. Dans le cas des champs où il y a une forte pression des mauvaises herbes, d’autres actions sont à prévoir tel que le faux-semis, le passage répété de la machinerie de désherbage mécanique et l’application d’herbicide en bande couplée au passage du sarcleur.

 

 

Ce qui est intéressant avec la lutte intégrée, c’est que les techniques sont adaptées aux réalités de chaque entreprise. Cependant, cela implique que des essais sont nécessaires pour trouver la bonne combinaison pour une entreprise ou même pour une parcelle de champ.  Il peut donc être difficile de savoir par où commencer. La meilleure solution reste de s’informer sur ce qui est fait ailleurs et de consulter des experts. Sans arriver dès la première année sur la meilleure solution pour votre entreprise, cela permet de commencer dans la bonne voie.

 


Culture de couverture en intercalaire du maïs dans
un des champs de la ferme.

 

L’équipe de Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de la MRC Haute-Yamaska, d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ et de l’UPA Haute-Yamaska.