À tout bout de champ, on entend parler de bilan carbone, du marché du carbone, de lait carboneutre, etc. Dans cette aire où l’information est d’or, mais où la désinformation y est présente, il est parfois difficile de s’y retrouver. Est-ce que les fermes pourront s’enrichir avec des crédits carbone, est-ce que la carboneutralité est un objectif atteignable? Ce sont des questions sur le bout des lèvres de bien des producteur.rice.s.

Captation ou émanation ?

Il n’y a pas si longtemps, il y avait des rumeurs selon lesquelles les entreprises agricoles pourraient vendre des crédits de carbone aux entreprises émanatrice. Dans la réalité, selon les calculateurs présents, l’entreprise agricole moyenne émane des GES plus qu’elle n’en capte. Cette information a étonné plus d’un chez qui nous avons fait le bilan pour l’année 2022. Pensons au sol. Ceux-ci ont la capacité d’entreposer une certaine quantité de carbone sous forme de matière organique. De bonnes pratiques telles que l’utilisation d’engrais organique, les cultures de couverture, les cultures pérennes ainsi que le semis direct permettent de conserver le carbone dans le sol et dans certains cas, d’augmenter la matière organique. Cependant, le pourcentage de matière organique dans les sols tant à décroître au Québec. De plus, selon les caractéristiques de sol et surtout selon la quantité de fertilisant azoté à appliquer, le sol émet, entre autres, du protoxyde d’azote, NO2. 1 Kg de ce gaz équivaut à 265 Kg de carbone émis. Ainsi, contrairement à la croyance générale, les sols agricoles du Québec ont tendance à émettre des GES (Gaz à effet de serre). Une manière de capter du carbone, c’est l’implantation d’arbres et d’arbustes sur l’entreprise. Par exemple, un résineux, tel que l’épinette blanche ou le sapin baumier capte 1,5 T équivalent en CO2. Sachant que chaque tonne de maïs acheté équivaut à 0,33 T équivalent CO2 d’émis, il faut 1 arbre pour chaque 4,5 tonnes de maïs acheter pour l’alimentation des animaux. C’est beaucoup.

Des facteurs plus difficiles à changer.

Bien que plusieurs actions sur la ferme puissent jouer sur le bilan carbone de l’entreprise, certains facteurs d’augmentation ou de diminution du bilan carbone sont liés aux conditions particulières de la ferme. Par exemple, les sols sableux ont moins tendance à émettre des GES puisque le principal gaz émis par les sols est le N2O. Ce gaz est favorisé dans des conditions aérobiques. Ainsi, un sol compacté et/ou qui se draine mal fait augmenter le bilan d’une entreprise par rapport à une autre. C’est un peu la même chose lorsque l’on pense à la productivité des terres. Certaines régions sont reconnues pour avoir des sols fertiles qui produisent plus que la moyenne québécoise. Le contraire est aussi vrai.

Chez Gestrie-Sol, nous avons voulu en savoir davantage sur ce fameux bilan carbone et c’est pourquoi plusieurs de nos conseillers ont choisi de suivre la formation d’Agri-Climat.

Dans ce processus, les conseillers formés ont commencé à faire des bilans carbone chez certains de nos clients. Voici un petit résumé de leurs expériences.

À la Ferme Denis Beaudry inc.

Denis Beaudry devant sa ferme 

Avec l’objectif « Des producteurs laitiers du Canada » de faire du lait carboneutre d’ici 2050, plusieurs producteurs laitiers ont commencé à se questionner sur la faisabilité de ce projet. Ainsi, Denis Beaudry, producteur laitier de Saint-Alphonse-de-Granby, s’est montré intéressé lorsque son conseiller lui a proposé de faire son bilan carbone.  Pour lui, le processus n’a pas été trop compliqué puisqu’il est assez au courant des chiffres de son entreprise. La partie récolte d’informations s’est donc déroulée rapidement. Après analyse de ses résultats, il a pu observer que sa ferme est assez efficace au niveau des émissions de carbone par rapport à sa productivité. Il a tout de même été étonné d’apprendre que sa consommation d’énergie est supérieure à celle de la ferme moyenne. Cependant, contrairement à la croyance générale, il s’est rendu compte que le tracteur n’est pas le point majeur du bilan. En effet, ça ne représente que 5% de son bilan. Ainsi, grâce à la bonne productivité de sa ferme, son lait produit 27% moins de GES que le lait québécois moyen selon les statistiques d’Agri Climat.

À la Ferme A.M.I.S. Desroches Senc.

Pour Raphaël Piette de la ferme A.M.I.S. Desroches, les résultats de son bilan carbone l’ont quand même étonné. Il ne considère pas que sa ferme fasse beaucoup d’actions pour diminuer ses émissions de GES et pourtant sa ferme produit moins que la moyenne lorsque le chiffre est rapporté en kg de lait produit. Sans le savoir, plusieurs des actions posées par le producteur dans les dernières années ont eu un impact positif sur son bilan. La particularité de sa ferme, c’est la grande productivité de ses vaches ainsi que le taux d’animaux de remplacement faible. Ainsi, si la ferme moyenne au Québec selon Agri-Climat produit 1,25 Kg équivalent de CO2 par litre de lait produit, sa ferme en produit plutôt 0,95 t Éq CO2 soit 24% de moins. M. Piette a été agréablement surpris par la précision du bilan. Il s’attendait à quelque chose de très général, mais c’est plutôt un bilan assez complet selon lui qui a été fait.

 

Pourquoi faire ce bilan:

Sylvain Laroche de la ferme Ruisselet inc. trouve que ce bilan permet de voir nos meilleurs et nos moins bons coups et dans quel sens travailler. Finalement, c’est une bonne façon d’avoir une photo de l’entreprise et de la comparer plus tard avec ses propres résultats pour voir si le travail a été fait dans le bon sens.

C’est un peu la conclusion des producteurs qui ont participé au bilan carbone. Sans nécessairement vouloir faire de changement à court terme, ils sont satisfaits du travail qui a été fait et pense garder ce bilan en tête pour leurs décisions futures.

Pour les conseillers, ce qui est intéressant avec le bilan carbone fait en collaboration avec Agri-Climat c’est, outre l’accompagnement dans ce processus, la possibilité de faire un bilan complet de la ferme avec son client et d’en apprendre davantage sur la réalité de la ferme présente et future. En effet, une partie du diagnostic aborde les tendances climatiques futures ainsi que l’adaptation de la ferme à ces changements. Cela permet donc d’avoir une discussion plus approfondie sur les besoins de son client ainsi que les actions en agroenvironnement qui seraient les plus intéressantes et impactantes pour la ferme.

Raphaël Piette avec sa famille.

D’autres entreprises ont suivi le pas et feront faire leur bilan phosphore dans la prochaine année. Par exemple, Michel Laroche de la Ferme du Petit Bois, vient de commencer le processus. Un peu comme M. Beaudry, celui-ci a accepté de faire ce bilan principalement par curiosité, mais aussi pour avoir une meilleure perspective par rapport à l’objectif du lait carboneutre d’ici 2050.

Bien que la majorité des fermes qui feront leur bilan carbone au club prochainement sont en production laitière, le bilan s’adresse à tout type de production.

Les premières personnes qui sont affectées par les changements climatiques sont les producteur.rice.s agricoles. Ceux-ci travaillent avec la météo et les conditions climatiques afin de produire les vivres dont nous avons besoin. Que ce soient la température, la quantité d’eau, les cycles de gel-dégel, tous ces facteurs doivent être pris en considération afin de continuer de vivre de la terre. C’est pourquoi on les voit s’intéresser autant au bilan carbone et à mettre concrètement et maintenant des actions pour améliorer leur impact agroenvironnemental.

L’équipe de Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de la MRC Haute-Yamaska, d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ et de l’UPA Haute-Yamaska.