Il n’y a pas qu’une seule manière de faire l’agriculture et surtout, il n’y a pas de recette magique qui fonctionne pour tous. Chaque entreprise a ses particularités, ses besoins et ses valeurs bien à elle. Pour Hugues et Dan Morissette, propriétaires de la Ferme Mawcook inc. à Granby, la biodiversité est au cœur même de l’agriculture. En effet, depuis plus de 10 ans l’entreprise oriente ses pratiques culturales de manière à diminuer leur impact sur l’environnement. Pour ce faire, ils limitent leur utilisation de pesticides, implantent des cultures de couverture, font du semis direct et plus encore.

Historique

L’entreprise, qui cultive plus de 180 ha en grandes cultures et cultures fourragères et élève près de 200 bovins, à commencer le semis direct dans le but d’améliorer la santé de ses sols, mais aussi de diminuer le temps passé à dérocher. L’entreprise a commencé à faire du semis direct il y a déjà 25 ans. Si la méthode n’était pas très populaire au début, on remarque que de plus en plus de fermes entreprennent le virage vers ce type de travail de sol. Pour Hugues, la biodiversité passe par la santé des sols. Il considère que les organismes du sol sont importants au niveau environnemental, mais aussi au niveau agronomique.

Certification biodiversité

 

En plus de trouver la biodiversité du sol importante, depuis 2022 l’entreprise a obtenu le niveau bronze de la certification « Biodiversité aux champs ». Cette certification démontre que l’entreprise est au-devant des normes pour la biodiversité globale de l’entreprise en se qualifiant au niveau de la phytoprotection, des pratiques agricoles et des aménagements pour la biodiversité.

En ce qui concerne la gestion des mauvaises herbes, l’entreprise ne souhaite pas arrêter complètement l’utilisation des pesticides, mais plutôt veut limiter son utilisation. Pour ce faire, les producteurs se sont procuré un sarcleur qu’ils utilisent principalement dans le maïs. Certaines applications d’herbicides sont ainsi remplacées par le passage de la machinerie de désherbage mécanique.

 

Dans un même ordre d’idée, les deux frères ont choisi d’intégrer des cultures de couverture dans l’entre-rang de certaines de leurs cultures. L’idée est de choisir ce qu’il y a dans le champ plutôt que de laisser la place libre pour les mauvaises herbes.

Le seigle dans la rotation

Une des cultures de couverture choisies est le Seigle. L’entreprise le sème après la récolte du maïs ensilage. Le seigle est alors semé en rang de manière qu’il y ait assez de place l’année d’après pour que le soya soit semé entre 2 rangs de seigle. Cela fait maintenant 3 ans que l’entreprise a commencé ce type de culture intercalaire.

En général, le seigle est souvent utilisé comme culture de couverture après la récolte puisqu’elle tolère bien les températures froides jusqu’à -27C et a besoin de moins de semaines de croissance pour atteindre une biomasse intéressante. Cette culture de couverture a un effet très intéressant sur la structure de sol puisqu’elle forme de grandes quantités de racines. De plus, le seigle est reconnu pour être très compétitif contre les mauvaises herbes. Cela est dû à sa croissance rapide, mais aussi à son effet allélopathique sur plusieurs espèces. Cet avantage est aussi un inconvénient puisqu’il a un effet sur la germination du maïs. Le soya, quant à lui, n’est pas affecté par l’effet allélopathique du seigle. Depuis qu’ils ont commencé à introduire le seigle dans le soya, Hugues et Dan n’ont pas remarqué d’impact sur le rendement. La technique utilisée à la ferme est encore en développement surtout lorsqu’il est question de destruction du seigle et de la récolte du soya. En effet, Hugues indique que la récolte peut être plus difficile. Cette technique est assez innovatrice puisqu’il y a peu d’information sur le sujet dans la littérature. Peut-être que cela fera comme le semis direct et que dans quelques années il y aura plus de fermes qui essayeront d’introduire des cultures de couverture dans le soya en pleine croissance.

Dans le futur, l’entreprise souhaite continuer d’innover et de tester de nouvelles manières de faire l’agriculture. Une idée qui semble germer chez les deux frères est la culture du canola. Qui sait, seront-ils l’une des premières fermes de la région à essayer cette culture?

Marie Bourgault, agr, biol.

Club conseil Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de la MRC Haute-Yamaska, d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ et de l’UPA Haute-Yamaska.