À tout bout de champ, on entend parler de fermes qui se vendent, du nombre d’entreprises agricoles en diminution et de pertes de terres agricoles.

Ça peut quand même être inquiétant sachant que nos terres agricoles font pleinement partie de notre patrimoine et surtout assurent notre sécurité alimentaire. Pour freiner ce phénomène, diverses initiatives ont fait leur apparition. Il existe l’Arterre qui relie de futurs producteurs (rices) et des entreprises agricoles sans relève. En plus d’aider des jeunes à réaliser leurs rêves, on assure la pérennité d’entreprises agricoles déjà en place. Il y a aussi la Commission de Protection du Territoire Agricole du Québec (CPTAQ) qui protège les terres fertiles contre l’urbanisation.

Bien que fort valables, ces efforts n’ont pas durablement freiné la diminution des entreprises agricoles qui  continue d’impacter notre paysage. C’est le constat que plusieurs propriétaires ont fait en 2014 après avoir consulté le Plan Stratégique de Développement de la municipalité de Bolton-Ouest. Cette municipalité, reconnue pour ses paysages magnifiques et ruraux, se retrouvait devant une problématique de taille : il ne semblait pas y avoir de consensus ni de direction claire pour conserver le patrimoine agricole. Ainsi, les champs ont commencé à se transformer en friches et les animaux aux pâturages ont tranquillement disparu. Plus grand problème encore, il y avait une absence de pôle de développement et peu de vitalité économique, démographique et culturelle.

 

Souhaitant redonner de la vitalité à leur communauté, quelques propriétaires se sont mobiliser pour tenter de revitaliser la municipalité. Ils ont ainsi réalisé une mise de fonds privée et cherché des subventions. C’est ainsi qu’est né le « Collectif de Bolton-Ouest » nous rapporte un des membres fondateurs, Bruno Meere, qui est aussi Secrétaire et Chef des Opérations du Collectif. Si au départ le Collectif ne comptait que 6 propriétaires, en 2024 on dénombre une quarantaine de membres sur une superficie de 25 km2, soit environ 1/4 de la superficie de la municipalité de Bolton-Ouest.

En pratique, qu’est-ce que cela représente pour les producteurs (rices) et les propriétaires? En fait, le mot d’ordre reste que chacun reste maître chez soi. Bien que certaines pratiques soient favorisées (ex. approche agroécologique)ou au contraire proscrites, chacun décide de son modèle. Par exemple, certains propriétaires laissent la totalité de la gestion des terres et des boisés à des producteurs locaux. Ceux-ci ont une entente qui indique les engagements et les demandes de chacun. Cela rend disponibles des superficies en foin pour des producteurs de bétails. Ainsi, pour l’instant 5 grandes fermes à bovins de la région utilisent le foin récolté sur les terres du Collectif.

À l’opposé, certains ont décidé de faire un virage complet de carrière et de se lancer dans l’agriculture. C’est le cas, entre autres, de Nancy Lanteigne et Syed Mohamed. Le couple c’est joint au Collectif en 2018 puisqu’ils aimaient leur vision concernant la régénération des terres et surtout le fait de ne pas utiliser de pesticides n’y d’intrants chimiques sur celles-ci. À l’époque ils avaient quelques ruches et ne s’attendaient pas du tout à développer une entreprise agricole. En effet, l’apiculture avait commencé pour eux comme hobby, mais la famille est tombée en amour avec le mode de vie.

C’est à la naissance de leur fille Leilah qu’ils ont décidé de faire le saut et d’emménager à temps plein à Bolton-Ouest. Comme la vie est parfois bien faite, lors de la signature pour l’achat d’une plus grande propriété dans la municipalité, ils ont découvert que les terres venaient avec 9 bœufs Highland. Comme pour l’apiculture, la production de bœuf est rapidement devenue une vraie passion. Les bœufs sont en pâturages à rotation intensive à longueur d’année.

Faire partie du Collectif a fortement aidé la Ferme WB dans les divers aspects de la production et de la distribution. En effet, le Collectif dispose d’un grand réseau, ce qui a permis un accès plus facile à certains sites de vente. De plus, les ressources du Collectif ont permis à Nancy et Syed d’en apprendre plus sur la production bovine et sur les cultures fourragères.

Ils profitent toujours de ces ressources aujourd’hui lorsqu’ils ont des questions. Si au début ils ont fait réaliser quelques travaux à forfait, ils ont graduellement acquis la machinerie nécessaire pour pouvoir faire tout le travail à la ferme par eux-mêmes.  Au final, il y a beaucoup d’entraide et de collaboration entre les gens qui font partie du Collectif. La boutique de la Ferme WB offre les produits des entreprises de Bolton-Ouest qui n’ont pas de points de vente, ce qui offre de la visibilité à ces entreprises tout en offrant une gamme de produits plus variée.

Dans les diverses ressources fournies par le Collectif il y a, par exemple, l’accès à de la chaux et à d’autres intrants (lisiers, fumiers) ainsi que les services d’experts tels qu’agronomes, ingénieurs forestiers et agriculteurs d’expérience. Les nouveaux membres-propriétaires sont mis en contact avec un agronome afin de faire une caractérisation de leur terre qui débouche sur un inventaire agronomique (topographie, surfaces et caractéristiques des champs incluant des analyses de sol, réseau hydrique, etc.). L’agronome peut ainsi indiquer les meilleures opportunités et offrir un accompagnement personnalisé pour aider les propriétaires à faire les meilleurs choix. Depuis la création du Collectif de Bolton-Ouest, la municipalité retrouve tranquillement la beauté de ses prairies et pâturages. Les terres qui étaient pauvres au départ commencent à s’enrichir à travers les multiples efforts entrepris. C’est une belle réussite qui montre que la collaboration entre propriétaires et producteurs (rices) est vraiment gagnante.

L’équipe de Gestrie-sol
Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de la MRC Haute-Yamaska, d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ et de l’UPA Haute-Yamaska.